Ma patience s’arrête là où le SUV de 1000 ch commence
On ne va pas se mentir, j’ai toujours eu un faible pour les SUV. Dès les débuts de ce site, je défendais déjà leur aspect pratique et familial. En effet, quand on a des gosses et des valises à caser, c’est souvent le choix de la raison et du style.
Je n’ai jamais rêvé d’avoir un monospace gris bedonnant, alors qu’un SUV un peu racé, c’est bien plus stylé.
Cependant, ce qui se passe dans cette mode du SUV n’a plus rien à voir avec la raison. Au contraire, nous sommes entrés de plein fouet dans l’ère de l’absurde.

Des parpaings avec des chaussons de danse
Tout d’abord, il suffit de regarder les chiffres qui tombent chaque semaine. D’un côté, on nous sature de discours sur l’écologie, mais de l’autre, les constructeurs nous pondent des éléphants de 3 tonnes affichant des puissances de Formule 1. Prenons l’exemple du Yangwang U8 qui débarque enfin chez nous : 1 200 chevaux. Vous avez bien lu. Malgré un poids de résidence secondaire, ce monstre satellise le 0 à 100 km/h plus rapidement qu’une sportive allemande sortie de concession.
Par conséquent, on utilise aujourd’hui une technologie spatiale pour corriger un défaut physique de base : le poids. Wow, quand je relis cette phrase, je trouve que la formulation est trop compliqué. Bref.
Les suspensions actives et les moteurs électriques indépendants font des miracles pour gommer l’inertie. Pourtant, la question reste entière : est-ce que c’est encore de l’automobile ou de la simple sorcellerie électronique ?
En fin de compte, on a parfois l’impression de piloter un simulateur de vol ultra-réaliste plutôt qu’une véritable voiture.
Le paradoxe du « Light is Right » (ou pas)
Ensuite, comment ne pas parler de Lotus ? Souvenez-vous, c’était la marque de la légèreté absolue, le temple du plaisir simple. Désormais, ils vendent l’Eletre R, un SUV de 2,6 tonnes. Bien sûr, il est d’une efficacité redoutable sur circuit et bat des records au Nürburgring. Néanmoins, voir un badge Lotus sur une telle armoire normande, ça pique un peu les yeux. Je ne dois pas être le seul.

D’ailleurs, même Ferrari a fini par céder avec le Purosangue.
Certes, j’ai pu en croiser quelques-uns à Genève et Monaco, je l’avoue, le son du V12 est à tomber par terre. Toutefois, on reste sur un engin qui déploie une énergie folle pour vous faire oublier qu’il est haut et lourd. C’est pourquoi je me demande si on n’est pas en train de sacrifier le plaisir de la trajectoire sur l’autel de la démonstration de force brute.
« Battre un record de vitesse avec un SUV de 1000 ch, c’est comme gagner un marathon en portant un sac à dos de 50 kg : c’est impressionnant, mais est-ce que c’est vraiment le but du sport ? »
Mon avis de père de famille et de passionné
Je reste un défenseur convaincu du SUV pour son confort et sa polyvalence. Effectivement, emmener sa famille en vacances dans un engin sécurisant et spacieux est un luxe que j’apprécie.
ranchement, quel est l’intérêt de pouvoir claquer un chrono sur le Nürburgring avec un engin de trois tonnes, si c’est pour se retrouver avec une voiture trop lourde et pataude dès qu’on sort du circuit ?
En réalité, la course à la puissance dans ce segment est devenue une simple bataille d’ego entre ingénieurs. Ainsi, on nous vend des véhicules capables de tout faire, mais qui ne font plus rien avec finesse. Bref, on a remplacé le « feeling » par la puissance de calcul brute.
Pourquoi il faut rester vigilant
Pour conclure, j’aime les SUV, mais j’aime encore plus la cohérence mécanique. Si l’avenir de l’automobile consiste à transformer chaque trajet en une démonstration de force de 1000 chevaux, on risque de s’ennuyer ferme.
Car, une fois l’effet de surprise du « coup de pied au cul » passé, il ne reste pas grand-chose.
Finalement, mon luxe à moi, ce n’est pas d’avoir quatre moteurs et une accélération de navette spatiale. C’est juste d’avoir une caisse cohérente qui ne me fait pas oublier que c’est moi qui tiens le volant. La démesure, ça amuse deux minutes, mais la vraie intelligence mécanique, ça dure plus longtemps.