Supercars : la fin du poster dans la chambre d’enfant ?
On a tous eu ce rectangle de papier glacé punaisé au-dessus du lit. Une Countach blanche aux formes absurdes, une F40 qui semblait prête à déchirer le mur, ou une Ferrari F40 qui redéfinissait la physique. En effet, je parle pour ma génération des années 90′.
À cette époque, on se moquait du couple moteur ou des émissions de CO2. On savait juste qu’on donnerait presque tout pour entendre le moteur craquer.
Pourtant, la situation a radicalement changé. Entrez dans la chambre d’un gamin en 2026. Entre le setup gaming et les réseaux, le poster a disparu. Malheureusement, c’est que ce n’est pas la faute des écrans. C’est la faute des bagnoles.

La supercar est devenue un produit financier
Tout d’abord, le drame des hypercars modernes, c’est qu’elles ne sont plus conçues pour la route (enfin si, un peu quand même), mais pour le coffre-fort. Quand Ferrari ou Lamborghini sortent une série limitée à deux millions d’euros, elle n’est pas vendue à des pilotes. En réalité, elle est allouée à des investisseurs qui vont la placer sous bulle, dans un garage stérile, en attendant que la cote grimpe de 15 % l’an prochain.
Je schématise, mais je n’en suis pas loin.
Dès lors, comment voulez-vous qu’un gosse rêve d’une voiture qu’il ne verra jamais rouler ? Une voiture qui ne fait plus de bruit parce qu’elle est « cryogénisée » avec 12 km au compteur ? On a transformé des bêtes de race en fétiches pour experts-comptables. On n’imprime pas un tableau Excel pour le mettre au mur.
« Une Ferrari qu’on ne conduit pas, c’est comme une toile de maître qu’on laisserait dans son emballage plastique. C’est un crime contre l’ingénierie. »
Le règne du « Zéro Défaut » (et de l’ennui)
Ensuite, penchons-nous sur la technique. Regardez une McLaren actuelle. C’est une merveille de carbone, un scalpel capable de plier l’espace-temps sur circuit. Mais elle est devenue tellement efficace, tellement assistée, qu’elle en devient presque clinique. Je croise parfois une 720S par ci, une 675 LT. En habitant proche de la frontière suisse, j’ai cette chance.
Mais le poster de la Countach fonctionnait parce que la voiture avait l’air dangereuse. Pourtant, on sentait qu’elle voulait vous faire rêver à chaque virage.
Aujourd’hui, on nous vend de la performance pure, chronométrée au millième, mais désinfectée parfois de toute émotion. On ne rêve pas d’un ordinateur de bord, aussi rapide soit-il. On rêve d’un V12 qui hurle et d’une boîte de vitesses qui vous donne un coup de pied dans les vertèbres.
Et que dire de l’électrique dans ces moments-là…
La déconnexion numérique
L’autre problème, c’est que la nouvelle génération consomme l’automobile par le filtre de l’influence. On ne regarde plus une voiture pour ce qu’elle est, mais pour le nombre de « likes » qu’elle génère à l’arrêt devant un hôtel de luxe à Dubaï ou Monaco.
« Regarde, j’ai 125 likes sur la photo de la grosse Ferrari grise et rouge de Charles Leclerc »
Mais enfin ! C’est une Ferrari SF90 XX Stradale quasiment unique au monde, ignorant !!

La supercar est passée du statut d’instrument de liberté à celui d’accessoire de mode. Et la mode, ça ne fait pas de bons posters. Ça fait des « reels » de 15 secondes qu’on oublie aussitôt le pouce levé.
Pourquoi il faut briser la vitre
Ici, on refuse de se résigner. Si le poster a disparu, c’est à nous de ramener la bagnole dans le monde réel.
Il est temps de célébrer ceux qui osent sortir leur McLaren sous la pluie, ceux qui font frotter le fond plat de leur Lamborghini sur les routes de campagne, et ceux qui se foutent de la valeur de revente. La passion, c’est ce qui reste quand on a fini de parler d’argent.
Certes, ce n’est pas demain que j’aurais une Bugatti. Mais vous en parlez avec passion, ça, c’est encore possible.
Alors messieurs les constructeurs, arrêtez de nous vendre de la spéculation. Redonnez-nous des voitures imparfaites, bruyantes et terrifiantes. Redonnez-nous une raison de punaiser vos bagnoles sur nos murs.