Le pare-brise devient un écran géant : progrès ou danger ?

On pensait avoir atteint le sommet avec les tablettes géantes collées au milieu du tableau de bord. Pourtant, les constructeurs peuvent aller plus loin. Désormais, la mode est au pare-brise projeté, avec les informations accessibles directement dans le champ de vision.

En d’autres termes, vos compteurs, votre GPS et même vos notifications de messages s’affichent directement sur le verre, sur toute la largeur de la voiture. Certes, sur le papier, c’est impressionnant, mais je me demande si on ne fait pas fausse route.

Le mirage de la sécurité

Tout d’abord, l’argument de vente est toujours le même : la sécurité. En effet, on nous explique que si les infos sont dans notre champ de vision, on ne quitte plus la route des yeux. Cependant, je n’en suis pas si convaincu. À force de projeter des flèches bleues pour le GPS, la vitesse en rouge et des alertes de proximité en jaune, notre cerveau finit par traiter des pixels plutôt que la réalité.

De plus, il suffit de regarder les vidéos de démonstration pour comprendre le malaise. Au lieu de me rassurer, ces interfaces me donnent l’impression d’être face à un jeu vidéo. Par conséquent, on risque de perdre cette connexion essentielle avec l’asphalte au profit d’une couche numérique permanente. On finit par ne plus regarder la route pour ce qu’elle est, mais simplement pour les informations que l’ordinateur décide de nous surimprimer.

Et je ne vous parle même pas de l’entretien et des réparations…

La fin du design intérieur

Ensuite, il y a le côté esthétique et l’âme de l’habitacle. Souvenez-vous des magnifiques cadrans à aiguilles des années 90 ou même des premiers écrans bien intégrés. A ses débuts et avec son écran central imposant, Tesla vendait du rêve avec une intégration soignée.

Aujourd’hui, avec cette technologie, les planches de bord deviennent vides et froides. Puisque tout est projeté sur le pare-brise, les designers ne s’embêtent plus à créer un bel intérieur. Bon, certes, quand il y a trop de boutons, c’est aussi discutable.

C’est pourquoi on se retrouve dans des cockpits qui ressemblent à des salles d’attente d’aéroport : c’est propre, c’est technologique, mais c’est totalement dénué d’émotion. D’ailleurs, que se passe-t-il quand le système plante en cours de navigation ?

Bien sûr, il y a des sécurités, mais l’idée même de dépendre d’un projecteur pour savoir à quelle vitesse on roule me laisse sceptique.

« Projeter la vie sur un écran ne l’a jamais rendue plus belle. Pour la conduite, c’est pareil : à force de filtrer la route, on finit par ne plus la ressentir. »

Le plaisir de conduire face à la PlayStation

Par ailleurs, je reste un défenseur de la simplicité. Effectivement, j’aime savoir que je peux baisser la clim ou changer de radio sans qu’une animation 3D ne vienne polluer mon pare-brise. Mais enfin, on nous vend ces innovations comme des révolutions indispensables, alors qu’elles ne font que nous éloigner de l’acte de conduire.

Ainsi, la voiture devient un smartphone géant sur roues. Pour un passionné, le luxe n’est pas d’avoir plus d’infos, c’est d’avoir les bonnes infos au bon moment. On remplace l’instinct par de l’affichage tête haute dopé à l’intelligence artificielle.

Revenir à l’essentiel

Je ne suis pas contre le progrès, bien au contraire. Si l’affichage sur pare-brise peut m’éviter de percuter un piéton que je n’avais pas vu, je signe tout de suite. Néanmoins, si c’est pour transformer mes trajets en partie de Tetris géante, je passe mon tour.

Au fond, j’attends juste le moment où l’on comprendra que le plus bel affichage tête haute du monde, ça reste encore la route elle-même, sans filtre et sans pixels. La technologie doit nous servir, pas nous aveugler.